Le déficit de la SNCF a été lourd en 2019, avec une perte de 801 M€, puis en 2020 avec la crise sanitaire. Le groupe est revenu aux bénéfices depuis, jusqu’à 1 804 M€ de résultat net en 2025. Ce que l’on appelle souvent « déficit SNCF » désigne en réalité la dette, un autre chiffre qui n’évolue pas au même rythme.
Le déficit de la SNCF en chiffres, année par année
Le tableau reprend le résultat net part du groupe, tel que publié dans les communiqués de résultats annuels de la SNCF.
| Année | Résultat net | Cause principale |
| 2018 | 141 M€ de bénéfice | Cession de logements, malgré la grève du printemps |
| 2019 | -801 M€ | Grève de décembre et éléments comptables non récurrents |
| 2020 | Perte | Chute du trafic liée au Covid |
| 2021 à 2023 | Bénéfices | Reprise du trafic voyageurs |
| 2024 | 1 557 M€ | Activité soutenue, performance des filiales |
| 2025 | 1 804 M€ | Bonne performance du groupe, cash-flow libre de 1,7 Md€ |
Le résultat de 2018 est positif, mais il tient à une opération ponctuelle : la cession de logements à loyers libres pèse 766 M€ dans la comparaison avec 2019. Sans elle, le résultat récurrent de ce même exercice restait négatif.
Déficit et dette : deux chiffres à ne pas confondre
Un déficit se mesure sur une année : le groupe a dépensé plus qu’il n’a gagné. La dette est un stock, qui s’accumule sur des décennies d’investissements financés par l’emprunt, surtout sur le réseau.
Fin 2019, la dette nette du groupe atteignait 60,3 Md€, dont 51,9 Md€ pour SNCF Réseau. L’État a repris 25 Md€ le 1er janvier 2020, dans le cadre d’une reprise totale de 35 Md€ annoncée en 2018, ce qui a ramené la dette autour de 35 Md€. Le partage du remboursement de la dette ferroviaire est détaillé dans un autre article du site.
Fin 2025, la dette nette s’établit à 24,3 Md€, soit 3,2 années d’EBITDA contre 3,6 un an plus tôt. Pour distinguer un flux annuel d’un stock cumulé, les notions financières de base suffisent.
La SNCF n’est plus un établissement public depuis 2020 : c’est une société anonyme à capitaux publics. L’État en est donc l’actionnaire, et il touche des dividendes (1,6 Md€ en 2025) au lieu de seulement combler les pertes.
Grèves et Covid : les causes des pertes de 2018 à 2020
La grève de décembre 2019, liée à la réforme des retraites, a duré 27 jours. Elle a fait perdre environ 690 M€ de chiffre d’affaires, soit 614 M€ de marge opérationnelle une fois les mesures exceptionnelles prises pour les voyageurs comptées.
Sans cette grève, le résultat net récurrent du groupe aurait été positif en 2019, à 313 M€ selon la SNCF. La grève de décembre explique l’essentiel de la perte de 2019, avec les éléments comptables non récurrents.

La grève de 2018 avait déjà pesé sur Voyages SNCF et sur Fret SNCF. En 2020, la crise sanitaire a pris le relais : les trains circulaient, mais presque vides de voyageurs pendant des mois.
Le fret et les activités qui coûtent de l’argent
Fret SNCF a longtemps pesé sur les comptes. La Commission européenne a ouvert une procédure contre l’État français pour aide illégale à cette activité, ce qui a conduit à un plan de discontinuité : abandon volontaire de 20 % du trafic et transformation de la société en deux nouvelles entités. Hexafret et Technis ont été créées début 2025.

Les activités qui dégagent des marges sont les filiales logistiques et les activités voyageurs à grande vitesse. D’autres vivent de contributions publiques : les TER financés par les régions, les Intercités et le réseau. Les filiales de transport comme Keolis exploitent aussi des réseaux de transport urbain.
Argent public : ce que l’État et les régions versent au rail
L’État finance le réseau et les Intercités, les régions paient les TER. Ces versements sont des recettes pour le groupe, pas un déficit : ils n’apparaissent donc pas dans le résultat net comme une perte.
Pour le fret, l’État a décidé de consacrer 170 M€ par an à l’aide au wagon isolé, qui profite à tout le secteur et pas seulement à la SNCF. Cette aide a été jugée nécessaire pour équilibrer la concurrence avec la route.
La SNCF est-elle encore en déficit aujourd’hui ?
Non, le groupe dégage un bénéfice de 1,8 Md€ en 2025. Il l’utilise pour investir 11,0 Md€, dont plus de 95 % dans le ferroviaire en France et 3,2 Md€ dans la régénération du réseau.
Ces chantiers pèsent sur la dette plus que sur le résultat. Le retour attendu d’un investissement reste le critère pour juger ce rythme.
Le dernier chiffre à retenir est celui de la dette nette, 24,3 Md€ fin 2025, en baisse d’environ 470 M€ sur un an.

